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Un imam retraduit des passages du Coran pour les rendre plus "soft"

« Etrange... Comme c’est étrange… » On l’imagine plisser le front et se gratter les tempes, courbé au-dessus de versets en apparence antagonistes. À force de lire le Coran dans différentes versions françaises, et de les comparer avec le texte originel en arabe, Réda Kadri a relevé « des contradictions » flagrantes dans la traduction de certains mots. C’est ce qui a conduit ce Franco-Algérien de 44 ans à élaborer une méthode nommée « Alac », acronyme d’«Apprentissage de la langue arabe coranique », qu’il vient de présenter au temple protestant de la rue Lanterne (Lyon 1er ), après avoir fait de même – notamment – à la grande mosquée de Saint-Etienne et à la mosquée de Saint-Fons (Rhône).

Ce travail, « toujours en cours », est enseigné à des élèves « de tous âges » qui fréquentent son centre culturel de la mosquée Co-Adhérence, un petit lieu de culte situé dans la zone industrielle Sud-Est de Vénissieux. Ex-imam à la mosquée de Saint-Priest, et ex-professeur d’arabe classique dans des associations, Réda Kadri se base sur la linguistique pour essayer de résoudre une équation complexe : arriver à donner une lecture positive de certains versets en français, sans toucher au Coran qui ne souffre, pour les musulmans, aucune discussion dans la mesure où ce Livre sacré est récité comme étant la parole de Dieu même.

Des termes revisités : l’exemple du verset 34

Pour mieux comprendre, voici un exemple de la méthode de Réda Kadri appliquée au verset 34 de la « Sourate des femmes », où il est dit (traduction de Mohammed Hamidullah, entre autres) : « Pour celles qui se montrent insubordonnées […] si c’est nécessaire, frappez-les ». Réda Kadri a isolé le verbe traduit par « frapper » : dans le texte en arabe, c’est le mot-racine DaRaBa qui est utilisé. « Ce terme DaRaBa apparaît 58 autres fois dans le Coran et il y prend chaque fois le sens de se déployer pour agir efficacement. Il n’y a donc pas de raison de le traduire par battre les femmes, dans cette sourate ! » estime-t-il. D’autres termes sont ainsi revisités, selon la même logique. Sauf que la méthode paraît trop peu rigoureuse à des experts du Coran, contactés par mes soins. Ainsi, « DaRaBa ne signifie se déployer pour agir que quand il y a le complément fî l-ard (« partout sur Terre ») », argumente ce grand islamologue qui requiert l’anonymat. Selon lui, « il vaut mieux garder le sens originel et contextualiser : c’est ainsi que l’on faisait en Arabie au VIIe siècle ».

Difficile, en effet, d’ignorer l’histoire de l’émergence parfois houleuse de l’islam – des batailles sanglantes en témoignent, que ce soit avec certaines tribus juives ou avec d'autres, chrétiennes –, dans « l’Arabie » tribale qui était celle du Prophète Mohammed (1). Face aux critiques, Réda Kadri affirme l’urgence de diffuser une méthode claire et assimilable, en réaction aux tensions actuelles : « Daesh (l’État islamique, ndlr), ce sont des extrémistes que l’on doit empêcher de dégrader notre bien commun. Nous, on leur répond avec le Coran. »

L’imam dit avoir fait l’objet d’agressions verbales de la part de salafistes. Sans lui vouer d’hostilité, des musulmans orthodoxes le considèrent, eux, un peu comme un « illuminé », « sans représentativité » : « Lyon compte des sommités mondiales de l’islamologie, comme Maurice Gloton ou Ali Mérad. Ce sont des gens humbles et discrets dont il est dommage que les médias ne parlent pas ! », regrette un imam. Au moins, la démarche généreuse de Réda Kadri – si imparfaite soit-elle – a-t-elle le mérite de montrer le visage d’un islam en mouvement. Et c’est le cas dans bien d’autres mosquées du Rhône. A la mosquée Co-Adhérence, sauf les jours où l'affluence est importante (2), les femmes prient d'ailleurs dans la même salle que les hommes, sans rideau ou cloison de séparation.

Nicolas Ballet (copyright Le Progrès)

(1) Rappelons que le Premier Testament repris à leur compte par les chrétiens comporte aussi bon nombre de passages qui pourraient être considérés comme violents (lapidation...etc).

(2) Les hommes sont toujours placés devant les femmes et si la salle est pleine, ces dernières se retrouvent donc à l'extérieur.

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