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Manne providentielle en Iran

Au terme d'un récent séjour touristique en Iran, le troisième depuis un an, j'ai fait provision de quelques douceurs pour mes proches. A l'aéroport Emâm Khomeini de Tehran, du nougat d'Esfâhan (Ispahan) de très bonne qualité était proposé à la vente. 40% de pistache : le "beluga" du nougat! Une confiserie point trop sucrée. L'adjectif "shirin" accolé à son nom (Shirin est aussi un prénom persan) lui correspond bien : il signifie à la fois "doux et sucré".

J'avais déjà eu l'occasion de le goûter dans l'ancienne capitale des Safavides (la première dynastie musulmane persane qui avait établi le shi'isme comme religion d'Etat au XVIe siècle de notre ère pour faire pièce aux visées impérialistes ottomanes). La ville célébrée pour sa beauté par certains de nos écrivains voyageurs m'a personnellement laissé de marbre, tant elle est envahie par les visiteurs et les boutiques de souvenirs qui la rendent par endroit aussi dépourvue de charme que tous les lieux trop touristiques du monde.

Au moins ce nougat forme-t-il l'une de ses richesses patrimoniales qui mérite que l'on s'y arrête un instant.

D'abord pour le symbole. L'esprit cocardier français aurait vite fait d'associer le nougat à la seule ville de Montélimar. Or, il ne s'agit nullement d'une spécificité hexagonale.

La trace la plus ancienne en a été retrouvée dans des livres de recette en Mésopotamie, au Xe siècle de l'ère commune.

Les Occidentaux ont-ils rapporté le nougat de leurs voyages en Orient? Ou de semblables intuitions culinaires ont-elles parcouru les esprits du monde entier? Les deux hypothèses sont crédibles.

Il y a quelque chose d'universel dans le nougat, que les Iraniens appellent "gaz" ( گز). Attention aux faux-amis : ce terme désigne - non pas un composé chimique volatil - mais le tamaris, un arbuste aux fleurs roses, commun au Moyen-Orient. Un bel exemple de métonymie : le sucre utilisé pour ce nougat provient en partie de la manne, une sécrétion au goût de miel produite par un insecte parasite, la cochenille du tamaris.

Les cultures se rejoignent.

L'expression "manne providentielle", ou "manne céleste", entrée dans le langage commun, a la même source.

C'est celle qui avait, selon la tradition juive, permis aux Hébreux de survivre durant leur errance dans le désert du Sinaï.

Le grand rabbin régional de Rhône-Alpes, Richard Wertenschlag, a bien voulu m'éclairer sur ce point.

"La manne est désignée comme le pain du Ciel (Exode 16,4). L'Eternel dit à Moïse : "Je vais faire pleuvoir pour vous du pain depuis les Cieux." La Maison d'Israël appella son nom "manne". C'était comme une graine de coriandre blanche et elle avait la saveur d'un gâteau au miel."

L'hébreu étant une langue racinaire, j'ai demandé à Richard Wertenschlag quelle était l'origine du mot "manne". Il provient, m'a-t-il répondu, de la racine "mana", qui signifie "cadeau" (Lévitique 7,20) mais aussi "part, portion" (Psaume 16,11).

Nourritures terrestres et spirituelles sont inséparables.

Voyager les yeux et le coeur grand ouverts permet de dissiper bien des malentendus, et de trouver des points d'ancrage communs entre des populations que l'hystérie politico-médiatique se plaît à opposer.

Nicolas Ballet

Commentaires

  • מתוק!

  • Quelle très juste clairvoyance finale ! Merci pour ces "douceurs" éclairées... le matin ça fait du bien !.

  • J'adorais déjà ce petit nougat d'Ispahan, mais maintenant je saurai en plus que son histoire est passionnante... ! Merci :)

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